Les yeux de la nuit

Ce soir, dans les yeux de la nuit, j’ai vu le scintillement de la vie.

 

 

A la marée montante, je quitterai ce port terrestre pour tes profondeurs, vers l’inconnu. A la dérive, je voyagerai, toutes voiles gonflées, dans l’imaginaire de l’astro-métaphysique, et tel le navigateur, je me déplacerai au gré de tes grands flux.

 

Avec l’immensité pour tout horizon,  je flotterai vers le vaste vide. Ô courants célestes, laisse-moi voyager vers tes confluences.

 

Ô cosmos, notre terre est un îlot perdu dans l’immensité. Mais où résidons-nous, sur lequel de tes continents, dans laquelle de tes célestes mers ? Sur quel île-univers? A combien d’années lumières ?

 

 

Ce soir, dans les yeux de la nuit, j’ai vu le cheminement de la vie.

 

 

J’ai vu, dans tes entretailles cosmiques ta première étreinte,

Ce spasme violent qui allait parcourir tout l’univers.

La densité de ce rayonnement supra-nucléaire

Éclaira d’un coup le masque noir des ténèbres.

L’extase inaugurale de notre ciel astral !

Ö Mémoire d’étoiles, ô souvenirs archaïques.

Je vous vois !

 

Ce soir, dans les yeux de la nuit, j’ai vu le fourmillement de la vie.

 

 

Dans les pouponnières stellaires s’élaborent la grande Métamorphose

A l’intérieur de ton plasma, la matière gazeuse embryonne ses cocons.

Et dans les draps diffus de l’univers, l’humeur de l’hélium est si légère que les étoiles y naissent par giclées.

L’énergie y est condensée, sans cesse recyclée.

Ce soir, dans les yeux de la nuit, j’ai vu le jaillissement de la vie.

J’ai vu des lambeaux d’étoiles qui se désintègrent

Pour se reconstruire ailleurs, en vaporeuses spirales

Pour mourir et renaître encore.

J’ai vu les astéroïdes jaillir comme des graines

Pour féconder notre terre-mère.

J’ai vu, la chaleur de l’astre solaire se diffuser propice.

J’ai vu l’émergence même de la vie.

Le grand miracle, le bel oracle !

 

 

Ce soir, dans les yeux de la Vie, j’ai vu le dévoilement de la nuit !

Autour de toi, respire  une fine membrane vibrante, un voile transparent

Qui se gonfle et se dégonfle, comme ton ventre de femme,

Un fluide céleste, une danse délicate qui te va comme un gant.

Cette étoffe d’éther est invisible comme l’écrin de ton âme.

 

Planète terre, toi qui est suspendue si légère à la gravité du bleu du ciel.

Planète terre, toi qui vit comme tu respires…tu m’inspire l’essentiel !

Maternante terre, toi qui nous porte et nous protège, tu es si fragile !

Maternante terre, toi qui tourne sur toi-même, bienveillante et immobile !

 

Je suis ton fils, ton talon d’Achille, ta flèche empoisonnée et ton idylle !

Je suis sorti de tes entrailles, j’ai grandi à tes flancs, et voilà que je suis ta faille !

Nous sommes tes enfants, tantôt chamailleurs et tantôt chérubins !

Nous sommes tes enfants, et quasi tous mes frères sont devenus des urbains !

 

Dès lors, j’aimerais que nos relations soient plus chaleureuses,

J’aimerais que nos liens soient plus respectueux, faciles et clairs,

Pour que l’atmosphère entre nous soit plus viable et sans colère.

Notre survie à tous, dépend, je le crois, de ce combat valeureux.

ATMOSPHERE

Ô lumière, mon instantanée, ma voyageuse, mon invisible rayonnante, ma brûlante poétesse, ma messagère. Tu as le don de mettre en beauté tout ce que tu touches. Irrésistiblement attirée, tu tombes sur les objets comme on tombe en pamoison, et tu les mets amoureusement en lumière. Tu as besoin d’eux pour te révéler telle que tu es, une si pure ondine. Ô lumière !

LuMIERE

La marée, je l´ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l´arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j´en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle

Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D´où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Et s´en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C´est fini, la mer, c´est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d´infini...
Quand la mer bergère m´appelle.

Leo Ferré

 
 
 
 

LIBERTE

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard 1943

 

Désir

D’abord,

D’abord l’attraction,

La caresse du vent sur les blés.

Puis le mouvement lent de l’ellipse,

Le baiser mouillé des vagues sur la berge,

Et ces vagues qui lèchent l’épiderme des plages.

Enfin, la montagne du désir qui, majestueuse, se déploie,

Son pic de granite tutoie maintenant l’intimité du ciel impudique.

Coït ancestral et naturel, qui bat la chamade au  rythme du cœur de la nuit.

Et le feu qui danse sur les parois humides de la grotte où tout s’éclaire en fontaine blanche

Ô élan vital et sauvage,  mouvements chauds et suaves, où l’albumine jouissance nous ensemence.

Incarnation. Nous sommes là, paisibles en nous-mêmes, et l’abandon en abondance.

La tempête se clame et de loin en loin, on entend  les louanges des anges.

À présent,  règne sur nos âmes la grande paix, l’éternité.

Le silence, le silence des nuages ; et en nous, chaud,

Le soleil, un soleil  si dense, si dense,

Une caresse, juste un mot,

Un sentiment :

L’amour.